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L'AI Overview ne répond plus à votre requête : il vous répond à vous

Vous tapez cinq mots dans Google. Pas une question, pas un appel à l'aide : juste un bout de phrase dont vous vous souvenez, parce que vous cherchez un vieux tweet qui vous avait fait rire il y a des années. Et Google, au lieu de vous montrer où se trouve ce tweet, vous prend par l'épaule et vous demande comment vous vous sentez.

L'AI Overview ne répond plus à votre requête : il vous répond à vous

C'est à peu près ce qui est arrivé à l'auteur d'un billet intitulé « When did Google get so weird? », devenu la story la plus discutée de la semaine sur Hacker News : un peu plus de 1 000 points et plus de 560 commentaires le 27 septembre. Sa requête ressemblait à « hes never coming over dario ». Il cherchait un vieux mème autour d'un basketteur, Dario Šarić, et de son arrivée en NBA qui tardait. L'AI Overview, lui, a conclu que l'auteur venait de se faire lâcher par un certain Dario, et s'est mis à le consoler.

Les liens qu'il cherchait ? Quelques centaines de pixels plus bas. Juste là.

Ce n'est pas un bug du modèle

Le réflexe, c'est d'en rire (le fil HN ne s'en est pas privé) puis de ranger ça dans la case « hallucination ». Un modèle un peu faible, trop rapide, qui se trompe. Ça arrive.

Sauf que je ne crois pas que ce soit le vrai sujet.

Le vrai sujet, c'est l'interface. Pendant vingt ans, le champ de recherche de Google était un outil de correspondance : vous tapiez un motif, le moteur allait chercher dans son index les pages où ce motif apparaissait. Vous pouviez mettre des guillemets, retirer un mot avec un tiret, et ça marchait. C'était sec, un peu austère, mais prévisible.

Aujourd'hui, ce même champ est devenu une fenêtre de chat. Et une fenêtre de chat ne lit pas votre texte comme un motif à retrouver. Elle le lit comme un énoncé sur vous. « Il ne viendra jamais, Dario » n'est plus une chaîne de caractères, c'est une confidence. Le système fait exactement ce pour quoi on l'a conçu : il interprète une intention humaine, puis il y répond.

Voilà pourquoi je parle de choix d'interface plutôt que d'accident. Google a décidé que le haut de la page servirait à converser. Le reste en découle.

Chercher un extrait exact devient un pari

La conséquence est très concrète, et elle ne touche pas que les geeks nostalgiques.

Dans le fil, les témoignages s'empilent, et ils se ressemblent. Quelqu'un cherche une chanson dont il se rappelle vaguement une ligne sur le fait d'éviter la pluie ; l'AI Overview le félicite d'être resté au sec. Un autre tape une réplique d'anime et voit le système s'inquiéter sérieusement pour lui. Un troisième colle une citation mot pour mot, et l'IA la lui attribue en y lisant une intention de nuire à quelqu'un. Celui-là avoue d'ailleurs, à moitié en blaguant, qu'il se demande s'il n'est pas désormais fiché quelque part.

Un commentateur résume assez bien le malaise : avant, on pouvait retrouver une parole de chanson, un passage de livre, une phrase lue sur un réseau social. Maintenant, on obtient surtout du bruit, ou rien.

Et puis il y a l'histoire des playoffs.

Un utilisateur demande si les Halifax Wanderers, une équipe de foot canadienne, peuvent encore se qualifier. L'AI Overview lui répond, sûr de lui, que c'est déjà fait : quatrième place, qualification en poche. Faux. L'équipe est cinquième. Il corrige. L'IA lui parle alors d'un match à venir contre Ottawa, match qui a déjà eu lieu. Il corrige encore. Et c'est seulement au troisième échange qu'il obtient une réponse correcte. Quand il demande d'où venait la première erreur, le système admet l'avoir inventée.

Sa question, au fond, tient en une ligne : à quoi sert une IA dans un moteur de recherche si elle ne cherche pas avant de répondre ? La bonne réponse était sur la même page que l'erreur.

Ce qui me frappe dans cet exemple, c'est la forme de l'échange. Il a fallu contester en conversation pour obtenir un fait. On ne cherche plus, on négocie.

Petit détour par la calculatrice

Un détail m'a fait sourire dans le fil, et il en dit long.

Un utilisateur raconte qu'il se servait de Google comme calculatrice depuis des années. Il tapait une multiplication avec un « .86 » et obtenait le résultat, point. Désormais, c'est Gemini qui fait le calcul. Pour retrouver la bonne vieille calculatrice, il doit écrire « 0.86 ». Un zéro. C'est tout ce qui sépare l'outil déterministe du chatbot.

Un autre regrette la disparition de la fiche dictionnaire, cette boîte propre avec la définition, les synonymes et l'étymologie. Remplacée, elle aussi, par un résumé généré, moins fiable et jamais identique d'une fois sur l'autre.

Ce sont des broutilles, honnêtement. Mais ce sont des broutilles qui montrent la direction : partout où il y avait un outil simple et prévisible, on glisse une conversation.

Pour mes clients, le haut de la page parle à leur place

Revenons à ce qui compte pour les gens avec qui je travaille : des PME, des structures de l'ESS, des acteurs culturels. Des organisations qui n'ont ni le budget ni l'envie de se battre contre des multinationales pour chaque requête.

Pendant longtemps, le deal était clair. Vous faisiez une page utile, bien construite, et Google envoyait des gens vers elle. Le haut de la page de résultats était une vitrine qui pointait vers vous.

Ce deal-là est en train de changer. Le haut de la page ne renvoie plus vers vous : il parle à votre place. Il résume votre offre, vos horaires, vos tarifs, parfois correctement, parfois non. Et quand il se trompe, comme sur les playoffs, l'internaute ne vient pas vérifier chez vous. Il repart avec l'erreur, ou il se lance dans une discussion avec l'IA que vous ne verrez jamais.

Un commentateur a pointé un autre problème, plus sournois : selon qu'on utilise l'AI Overview ou le « mode IA », les réponses divergent franchement. Un autre raconte que sa femme et lui, en cherchant la même info de sécurité au même moment, ont reçu des consignes contradictoires. Donc même la réponse fausse n'est pas stable. Difficile de corriger quelque chose qui change à chaque requête.

Les outils de « visibilité IA » : on arrête

C'est là que le marché s'est engouffré. Depuis un an, on voit fleurir des tableaux de bord qui promettent de mesurer votre « visibilité dans les réponses IA ». Combien de fois votre marque est citée, sur quelles questions, face à quels concurrents. C'est séduisant, surtout quand un client vous demande « et on en est où, sur l'IA ? ».

Le retour des praticiens est pourtant assez net. Sur r/SEO, ceux qui ont testé ces outils parlent d'arnaque, et leur argument n'est pas une question d'humeur : aucun éditeur ne publie de statistiques qui permettraient de vérifier ce qu'il vend. On vous montre des courbes, mais on ne vous dit pas comment elles sont construites, ni sur quel échantillon de prompts, ni avec quelle marge d'erreur.

Et franchement, vu ce qu'on vient de décrire, comment pourrait-il en être autrement ? Si deux personnes tapant la même question obtiennent deux réponses opposées, qu'est-ce qu'un score de visibilité mesure vraiment ? Un instantané d'une loterie.

Ma position est simple : je n'en vends pas. Facturer un dashboard dont je ne peux pas vérifier la méthode, ce serait vendre de l'anxiété joliment mise en forme.

Ce qu'on peut encore défendre

Alors, concrètement, on fait quoi ? Pas de révolution. Plutôt un retour à ce qui tient debout quand tout le reste bouge.

D'abord, la marque. Une IA qui résume le web a tendance à répéter ce qui est dit souvent, clairement, et à plusieurs endroits. Si votre nom, votre activité et votre territoire sont décrits de la même façon sur votre site, dans vos fiches, dans la presse locale et chez vos partenaires, vous réduisez la marge d'interprétation. Vous ne contrôlez pas la réponse, mais vous rendez l'erreur moins probable.

Ensuite, les pages qu'on peut défendre. Celles qui répondent à une intention précise, qui contiennent une information vérifiable et datée, et qu'on peut mettre à jour quand la réalité change. Une page de tarifs claire, une page d'horaires à jour, une FAQ qui dit vraiment les choses. Ce sont ces pages-là qui servent de référence quand un humain, ou une IA un peu plus consciencieuse, prend la peine de vérifier.

Et puis, il y a tout ce qui ne dépend pas de Google : la newsletter, le bouche-à-oreille, le lien direct avec les gens. Pas très sexy, je sais. Mais c'est ce qui reste quand la vitrine se met à parler toute seule.

Une dernière chose

Dans le fil HN, quelqu'un a défendu Google avec un argument pas si bête : les gens ordinaires ont toujours voulu parler à leur moteur de recherche comme à quelqu'un. Taper « s'il vous plaît » dans la barre de recherche, c'est vieux comme le web. Google leur donne enfin ce qu'ils demandaient.

C'est peut-être vrai. Mais alors il faut en tirer la conséquence jusqu'au bout : si le moteur est devenu un interlocuteur, il n'est plus un index. Et un interlocuteur, ça ne se référence pas. Ça se convainc, ou ça se contourne.

Reste à savoir combien de temps on continuera à appeler ça « chercher ».

Sources

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